Mars 2024

Attal, le chevalier désargenté

 

Gabriel Attal a beau s’agiter, un peu comme l’avait fait Emmanuel Macron il y a quelques mois, en promettant un calendrier « sans aucun temps mort », il faut bien comprendre que les mesures qui se concrétiseront pendant la période où il sera Premier ministre devront obligatoirement être « économiques ». En effet il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État et l’énergie de la jeunesse et le talent supposé de Gabriel Attal n’y pourront rien changer. Pour rappel la dette publique atteignait 3.088 milliards d’euros à la fin du troisième trimestre 2023 plaçant ainsi la France à la troisième place du classement des pays européens les plus endettés par rapport à leur PIB, derrière la Grèce et l’Italie et cette dette est passée de 98% du PIB fin 2019 à 112,5% au premier trimestre 2023, soit un bond de 630 milliards d’euros. Et si les marchés perdaient confiance en la capacité de la France à rembourser ses emprunts, alors les taux d’intérêt pourraient augmenter à un niveau tel que le montant à payer des intérêts de la dette deviendrait gigantesque (déjà 70 milliards prévus pour cela en 2027 soit l'une des plus grandes dépenses de l’État). Et pour éviter (pour l’instant) d’augmenter les impôts, le gouvernement a donc décidé d’essayer de se désendetter au plus vite et ce d’autant plus qu’il y a aussi la transition écologique à payer dont la moitié (33 milliards par an jusqu’en 2030) devra être portée par les finances publiques.
Les mesures qui seront prises dorénavant ne devront donc rien coûter et seront souvent plutôt « symboliques », par exemple le droit à mourir dans la dignité, l’uniforme à l’école, ou comme vient de l’annoncer Gabriel Attal, le contrôle des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans, le préremplissage des formulaires de demande de la prime d’activité et du RSA ou des actions de démantèlement des trafics de drogue sans oublier bien sûr la question du droit du sol à Mayotte. Ceci étant il faut remarquer que cette « austérité » était déjà de mise lorsque le mouvement des agriculteurs a éclaté mais, étant donné l‘ampleur de la crise, près de 500 millions ont tout de même été promis par Gabriel Attal, aggravant d’autant la dette de l’État.
Mais lorsque que l’on parle des « actions » de Gabriel Attal l’on oublie souvent que puisqu’il semblerait que, sous Emmanuel Macron, toutes les décisions importantes soient prises à l’Élysée, les ministres et même le Premier ministre n’ont que peu d’autonomie et ne font le plus souvent que suivre les consignes qu’on leur donne.
Or il faut remarquer que jusqu’à présent à chaque fois qu’un problème s’est produit Emmanuel Macron a sorti son carnet de chèques. Je ne veux pas dire que toutes les dépenses effectuées en particulier pendant la crise sanitaire puis après l’apparition de l’inflation ont été injustifiées, même si personne semble-t-il n’a vérifié si certaines ne l’étaient pas, du moins en partie, mais elles ont bien sûr transformé l’endettement sévère de la France en une dette abyssale. Et aujourd’hui alors que des secteurs tels que le logement, l’éducation, la santé ou les politiques en faveur de l'emploi mériteraient sans doute que des dépenses leur soient consacrées il sera désormais impossible de le faire et si à l’avenir une nouvelle crise d’une importance égale à celle des agriculteurs venait à survenir le gouvernement serait alors confronté à un dilemme terrible, céder et anéantir ainsi les efforts de désendettement ou refuser et alors peut-être aggraver la crise.
Ne voulant pas (car ne pouvant pas) dissoudre l’Assemblée sans risquer de voir son nombre de députés réduit, la fin du second quinquennat d’Emmanuel Macron risque de paraître très long et surtout très inactif avec seulement des mesures ne coûtant rien, le plus souvent sur des sujets de société, et des tentatives de tout taxer même si, comme il est probable, l’augmentation des impôts sur le revenu sera en principe gelée jusqu’en 2027. Quant à Gabriel Attal, le Premier ministre désargenté, même s’il ne commet pas une erreur fatale incitant toutes les oppositions à voter contre lui une motion de censure, il n’est pas assuré que malgré sa bonne volonté il puisse se maintenir à son poste pendant 3 ans.
Car sans argent que peuvent faire un Premier ministre et son chef, le Président, sinon que de brasser du vent pour occuper les esprits et faire croire qu’il se passe quelque chose alors que tout est en sommeil et que toutes les mesures nécessitant un certain financement sont renvoyées aux calendes grecques ?

 
 
 
 
   
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